MANO · Projets · Territoire

Montparnasse
Délire

Une étude libre sur la tour que Paris adore détester.

La tour Montparnasse a quarante-cinq ans. En 2016, la copropriété lance Demain Montparnasse : plus de trois cents millions d’euros, sept cent treize équipes candidates, sept finalistes, un lauréat annoncé le 19 septembre 2017. L’exposition des projets ouvre le lendemain. Le public découvre les possibles vingt-quatre heures après qu’il est devenu impossible d’en discuter. MANO publie un autre projet. Cinq tours à la place d’une, huit cent mille mètres carrés, et au sol une université ouverte jour et nuit.

Couverture du livre Montparnasse Délire
Montparnasse Délire. Manifeste anticipé pour une architecture contributive. Benjamin Loiseau et Satchmo Jesop, MANO, 2018. Échappée Belle Édition, 92 pages.
Axonométrie du site après projet, cinq tours dans le tissu parisien
Après. Cinq tours dans le même tissu. Deux fois Beaugrenelle sur un seul îlot. Montage MANO, 2017.
Maquette blanche des cinq tours
La maquette : les cinq sommets à la même altitude. Document MANO, 2017.
Vue d’oiseau des cinq tours, de la couronne et de la faille
Vue d’oiseau : les cinq tours, la couronne, la faille. Image MANO, 2017.
La grande halle vide, cent mille mètres carrés
La halle, vide. Un cadre neutre offert à l’avenir. Image Satchmo Jesop, 2017.
Plan du rez-de-ville, cent mille mètres carrés d’un seul tenant
Plan du rez-de-ville. Une contribution par plateau. Document MANO, 2017.
Les tours vues de la rue de Rennes
Depuis la rue de Rennes.

Données

StatutÉtude libre, publiée
LocalisationParis, quartier Maine-Montparnasse
ProgrammeCinq tours, 800 000 m². Un socle de 100 000 m² en tiers-lieu
Calendrier2016-2018
Maîtrise d’œuvreBenjamin Loiseau et Satchmo Jesop, MANO
ImagesMANO et Satchmo Jesop

Le récit ouvert

Personne ne l’a demandé. C’est précisément pour cela qu’il fallait le faire. Un récit ouvert est un projet dessiné avec le sérieux d’un projet réel — chiffré, implanté, argumenté — et offert à la discussion au lieu d’être soumis à un jury.

Le plan Voisin n’a rien détruit. Il occupe le débat depuis un siècle. Les tours de Perret n’ont jamais quitté le papier ; elles hantent encore Paris. L’architecture pense aussi par projets non construits. Parfois elle ne pense bien que par eux.

Le problème n’est pas la tour

Le problème est le sol. La thèse se vérifie à pied. Beaugrenelle vu des quais : un front de tours défendable. Beaugrenelle vu du trottoir : une dalle qui coupe le quartier, des rues de service sombres, des commerces qui meurent. Manhattan aligne des centaines de tours que personne ne déteste, pour une raison simple : chacune a une porte sur le trottoir.

Le concours de 2016 a posé la question de la façade. Personne n’a posé celle du programme. C’est le vide que le livre occupe.

Trois gestes

Conserver. La tour reste, la dalle reste, les fondations restent. On désosse les façades de la galerie, on garde l’ossature. Le carbone est déjà payé.

Ajouter. Quatre tours de deux cent quatre-vingts mètres autour de l’existante, en quinconce sur l’axe des voies. Chacune garde sa lumière.

Unifier. La tour de 1973 gagne soixante-dix mètres et rejoint la même altitude. Cinq sommets égaux : le cordeau de Perret, enfin tiré.

La halle

Cent mille mètres carrés d’un seul tenant, dix-huit mètres sous plafond, ouverts jour et nuit. Pas de cloisons fixes, presque pas de second œuvre. Une halle au sens du dix-neuvième siècle : un abri immense pour des usages qu’on ne connaît pas encore.

La règle tient en trois phrases. Qui partage un savoir a accès gratuitement à tous les autres. Qui ne veut rien enseigner paie, ou rend un service au lieu. Qui a appris devient enseignant. Le lieu fabrique ses propres professeurs, par contagion. La monnaie du lieu est la compétence : un soudeur y vaut une traductrice.

Le couronnement

Une spirale de rampes autour d’un grand vide, à deux cent dix mètres. Pas un restaurant panoramique de plus : un espace public vertical, où l’on monte comme au Guggenheim. Le plus beau point de vue de Paris cesse d’être une caisse à touristes. Sous lui, un jardin suspendu à vingt mètres, traversé par une faille qui prolonge la rue de Rennes.

Qui paie

Le haut paie le bas. Une utopie qui esquive l’argent est une décoration. Sept cent mille mètres carrés d’étages courants, vendus et loués au marché, financent les cent mille mètres carrés du socle, qui ne rapportent rien et ne doivent rien rapporter. Un pour sept : les grandes opérations parisiennes consentent couramment de tels transferts. La différence n’est pas la proportion, c’est la destination.

On nous dit que cela ne tient pas debout. Réponse maintenue : oui, c’est une utopie urbaine. Cela ne marche pas aujourd’hui ; cela marchera peut-être après-demain.

Édition. Montparnasse Délire. Manifeste anticipé pour une architecture contributive, Échappée Belle Édition, 2018, 92 pages.

Presse. Afasia, 2018.

Une concertation à conduire sur votre territoire ?

La méthode vient d’une thèse : entretiens, balades, ateliers, restitution, et un matériau utilisable en conception.

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