MANO — Codesign

L’exploration
collective

« Nous, on veut joli. »
Une habitante de la Grand’Goule, en atelier

Une méthode en quatre temps, sortie d’une thèse et d’un terrain réel.

La balade commentée dans la rue commerçante de Trappes
Balade commentée à Trappes. La méthode commence en marchant.
LA MÉTHODE

Une pratique ascendante

Le codesign est un parcours d’apprentissage pratique. Il ouvre le projet au dialogue et combine les ressources disponibles pour concevoir des lieux utiles et tenus (Kimbell, 2012). Co-conception, conception sociale, conception citoyenne : le mot importe peu, la méthode décide.

La pratique est ascendante et centrée sur l’usager. Elle ne place pas l’habitant au-dessus des élus ni des experts. Elle en fait une partie prenante de la décision. L’habitant détient un savoir d’usage, l’expert un savoir technique. Le codesign hybride les deux, sans les confondre.

L’irréversibilité des décisions croît d’une étape à l’autre. Plus on avance, plus le coût d’un retour en arrière augmente. La connaissance croît aussi.

Ce que MANO en fait tient en une phrase : faire le pari de la praxis urbaine en impliquant les usagers dans la conception, pour que la décision gagne en pertinence, en appropriation et en légitimité. La pratique redistribue les rôles entre habitants, maîtrise d’œuvre, maîtrise d’ouvrage, services et intervenants extérieurs.

Autour de la table, chacun devient acteur-chercheur : les habitants documentent eux-mêmes ce qui compte pour eux, l’agence capte, code et restitue. La méthode est faite pour le terrain. Elle porte aussi une dimension de recherche, qui nourrit les projets suivants et se nourrit des précédents.

Atelier d’acteurs-chercheurs autour de la table, concertation du plateau urbain de Trappes
Atelier d’acteurs-chercheurs. Plateau urbain de Trappes.
Les panneaux du projet sous l’arbre, au pied des immeubles
Grand’Goule, Poitiers. Le projet s’affiche au pied des immeubles.
SUR PLACE

La méthode ne vit pas en salle de réunion

Elle s’installe dehors, au pied des immeubles, là où le projet aura lieu. On expose, on écoute, on fabrique.

La grande tablée de l’atelier au pied des immeubles, Grand’Goule
L’atelier en grande tablée, au pied des immeubles.
01

Rétrospection

Deux mois

Raconter l’histoire d’un lieu et de ses habitants pour fédérer un groupe. Le débat est ascendant : les habitants parlent en premier.

Exposition de mémoire, balades commentées, collecte de photographies et de témoignages.

Livrable : un récit partagé, un groupe actif dès le démarrage.

La fresque 1974 posée en façade à la nacelle, Grand’Goule
1974-2024. L’histoire du lieu, posée en façade.
02

Narration

Un mois

Définir le problème, qui est rarement donné au départ. Découvrir l’inattendu : comment les gens font, où se trouvent les controverses.

Diagnostic habitant et audit expert, cartographie des acteurs, matrice du changement.

Livrable : un état des lieux partagé, une esquisse de programme.

La visite du parc sous les parapluies, le diagnostic en marchant
Le diagnostic en marchant, par tous les temps.
Les controverses écrites et affichées en atelier
Les controverses s’écrivent et s’affichent.
03

Projection

Un mois

Faire concevoir, y compris ceux qui ne se pensent ni architectes ni dessinateurs. La maquette autorise un rapport plus direct que le plan.

Ateliers projectifs, story-board, travail sur maquette, cartographie des habitudes.

Livrable : des hypothèses spatialisées, lisibles par tous.

La maquette du quartier discutée les mains dessus
La maquette, langue commune. On pose, on déplace, on tranche.
04

Itération

Un mois

Croiser les idées, les confronter, trancher. Quand une solution émerge, on refait un tour pour qu’elle emporte l’adhésion du plus grand nombre.

Itérations sur maquette et sur plan, restitution, matrice d’irréversibilité.

Livrable : un projet traduit en plan, coupe et façade, approuvé collectivement.

L’itération pointée du doigt sur le panneau, au pied des immeubles
L’itération, pointée du doigt. La proposition revient devant les habitants.
Réunion en cercle avec les habitants, permanence de Trappes
On refait un tour, jusqu’à l’accord.
LES OUTILS

La maquette avant le plan

L’échantillon avant le catalogue. L’immersion avant le chantier. Les outils mettent tout le monde à égalité.

La table des matériaux de l’atelier, papiers et couleurs
Les matériaux se choisissent en main, pas sur catalogue.
La table des matériaux, nuanciers et échantillons de l’atelier
La matériauthèque, posée sur la table.
Le dôme immersif Hyve-3D, le projet jugé à l’échelle 1
Hyve-3D. Le projet jugé à l’échelle 1, en immersion.
LES FORMATS

Le format décide de qui parle

Chaque format d’atelier produit une participation différente, en nature et en public. Ce n’est pas un détail d’organisation, c’est un levier.

En balade, dehors, les habitants proposent : quarante-deux pour cent de leurs énoncés sont des solutions. Devant la maquette, les mêmes évaluent : plus de la moitié de leurs énoncés sont des jugements, trente-six pour cent d’approbations, dix-sept pour cent de désapprobations.

La règle est simple. Pour rassembler largement, sortir et faire raconter. Pour travailler le concret avec les sachants, rentrer et faire maquetter. Pour itérer sans s’appauvrir, s’effacer.

La balade urbaine sur le pont au-dessus de la RN10, Trappes
Dehors, on propose. La balade au-dessus de la RN10.
Dessin immersif dans le dôme Hyve-3D, vue intérieure du projet
Dedans, on évalue, en immersion.
LA MESURE

L’indice de profondeur

Une proposition n’est pas bien participée parce qu’elle plaît, mais parce qu’elle a été travaillée en profondeur. Cette profondeur se mesure sur cinq axes. Situez une proposition : l’étoile dit le reste.

Redondance2,5

La même idée a-t-elle été portée par plusieurs personnes, à plusieurs reprises ?

Présence dans les phases3,5

L’idée a-t-elle traversé plusieurs temps de la démarche (balades, ateliers, restitutions) ?

Densité d’acteurs5

Combien de personnes différentes l’ont discutée ?

Densité d’usagers réguliers3,5

Les habitants et usagers du quotidien l’ont-ils portée eux-mêmes ?

Diversité épistémique2

Combien de formes de savoir s’y sont croisées (connaissances, savoirs d’usage, solutions, jugements) ?

Proposition moyenne
Solide sans être unanime : travaillée réellement, mais pas sur tous les axes.
Profondeur moyenne : 3,3 sur 5.

D’où vient cet indice : une recherche doctorale menée sur la rénovation participative de la résidence Grand’Goule, à Poitiers (1974-2024), formalisée dans Loiseau, B., & Safin, S. (2025). Modeling participatory design dynamics. Le travail humain, 88(4), 411-433. La notation est indicative : elle aide à poser les bonnes questions, elle ne remplace pas l’analyse d’un corpus réel.

LES EFFETS

Ce que la méthode produit

Pour la décision : l’implication des usagers renforce la pertinence, l’appropriation et la légitimité des choix. Pour les personnes : le processus développe le pouvoir d’agir, prendre la parole, écouter, partager un savoir, coopérer. Pour le collectif : le codesign crée du lien entre des profils qui ne dialoguent pas d’ordinaire, voisins, élus, architectes, services, associations.

Une réserve, à assumer : les retours ne sont pas immédiatement visibles, et le potentiel n’est pas identique pour tous. Le cadre se taille sur mesure, sans quoi il se bride.

Ce qui distingue la méthode d’une concertation

Le dispositif de recherche

Chaque atelier est capté, transcrit, codé, puis restitué. Cinq opérations, toujours dans le même ordre. Ce que l’on affirme, on peut le montrer.

Ce que le maître d’ouvrage y gagne

Un projet mieux ajusté aux besoins, donc mieux accepté et moins contesté. Moins d’erreurs de conception, moins de reprises tardives. Des conflits désamorcés en amont plutôt qu’au tribunal administratif. Un préprogramme validé par les parties prenantes. Une appropriation qui fait durer l’ouvrage.

Rien de tout cela ne relève de la générosité. C’est de la bonne gestion.

01

Captation

Deux micros, une caméra. Un objet de parole circule de main en main.

02

Transcription

Automatique d’abord, affinée à la main.

03

Codage

Le corpus est découpé en énoncés, classés par familles de propositions.

04

Visualisation

Qui parle, de quoi, à quelle profondeur.

05

Décision

La matrice d’irréversibilité éclaire les arbitrages.

Ce dont les habitants ont le plus parlé à Grand’Goule

Passages par sujet dans le corpus codé de la thèse.

Jardins de rez-de-chaussée68
Balcons55
Démolitions27
Ascenseur17
Fabrication des bancs de la permanence avec les habitants, Grand’Goule
Les bancs de la permanence, fabriqués sur place. Été 2026.
Atelier couture pendant la permanence architecturale de Grand’Goule
L’atelier couture. La permanence accueille ce que les habitants apportent.
Les limites, dites franchement

Une méthode se juge à sa franchise, pas à ses promesses.

La participation produit des effets réels, et elle se cogne à des limites tout aussi réelles. Les taire, c’est vendre du rêve. Les voici, telles que le terrain nous les a apprises.

01

On peine à faire venir les gens. Ce sont souvent les mêmes qui reviennent, les seniors, les organisés, pendant que d’autres se taisent. Les plus fragiles ne franchissent pas toujours la porte.

02

Le doute vient des professionnels, pas des habitants. Services techniques, gestionnaires, agents de sûreté : leur salle est la plus rude, et elle se gagne.

03

Cela prend du temps et cela se finance. Cinq mois de démarche, des ateliers préparés, captés, restitués. Le cadre doit être taillé sur mesure, sans quoi le potentiel se bride.

04

Le poison de l’alibi. Une consultation de façade déguisée en co-conception se paie longtemps. Notre codage sert exactement à ça : distinguer ce qui a été co-conçu de ce qui a été validé en douce.

05

Aucun processus ne remplace une présence. L’utopie de 1974 est morte faute d’animateur ; la salle commune d’aujourd’hui vit parce que des mains la tiennent.