La concertation est partout exigée et rarement définie. MANO en a fait une compétence documentée : notre méthode de conception avec les habitants vient d’une thèse de doctorat soutenue en 2024, menée sur la réhabilitation de l’ensemble Grand’Goule à Poitiers, 274 logements sociaux suivis de 1974 à 2024. Nous la mettons au service des bailleurs et des collectivités, en mission de concertation autonome ou adossée à une maîtrise d’œuvre.
Ce que la concertation produit quand elle est outillée
Sur Grand’Goule, les habitants portent quarante pour cent des énoncés produits en atelier, deux fois plus que la maîtrise d’œuvre, et la totalité des propositions touchant à la technique et à l’entretien vient d’eux. Ce ne sont pas des impressions : nous enregistrons, nous codons, nous mesurons qui a pesé sur quoi, décision par décision, et nous le restituons au maître d’ouvrage. Une concertation mesurée protège le calendrier au lieu de le menacer, parce qu’elle sépare ce qui est arbitré de ce qui reste ouvert. Le détail du cas est dans la fiche Grand’Goule et dans la rubrique Recherche.
L’écart avec une réunion publique est un écart de nature. La réunion publique enregistre des opinions et les perd. Un dispositif outillé produit un corpus : des énoncés datés, attribués, codés, dont on peut dire à la fin lesquels ont été suivis d’effet. C’est cette traçabilité qui tient devant un conseil d’administration de bailleur, devant un élu, et devant les locataires eux-mêmes trois ans plus tard.
Ce que la loi impose au bailleur social
La concertation n’est pas facultative. L’article 44 quater de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986 impose au bailleur, préalablement à toute décision d’engager une opération d’amélioration ayant une incidence sur les loyers ou les charges, une opération de construction-démolition, ou la création de locaux collectifs résidentiels, d’organiser une réunion d’information des locataires, puis de mener la concertation avec leurs représentants et, lorsqu’il existe, avec le conseil de concertation locative. À défaut de représentants désignés, la concertation se tient avec les locataires réunis à cet effet.
Le contenu de cette concertation est également fixé : la consistance et le coût des travaux, la répercussion prévisible sur les loyers et les charges, les modalités de réalisation, et les conditions de relogement quand il y a démolition. Le bailleur en dresse un bilan et en informe les locataires avant l’engagement de l’opération. L’article 44 bis de la même loi prévoit par ailleurs le plan de concertation locative, qui affecte au minimum deux euros par logement et par an aux actions des associations de locataires siégeant au conseil.
En quartier prioritaire, la loi n° 2014-173 du 21 février 2014 inscrit pour la première fois le principe de co-construction de la politique de la ville avec les habitants, et institue les conseils citoyens associés à l’élaboration des contrats de ville. Les opérations du nouveau programme national de renouvellement urbain s’y adossent.
Reste que la loi fixe un calendrier, pas une méthode. Elle dit quand réunir et sur quoi informer. Elle ne dit pas comment fabriquer, à partir de ce qui se dit dans une salle de quartier, un matériau exploitable par un architecte en phase d’avant-projet. C’est exactement là que se situe notre travail.
Un cas chiffré : Grand’Goule, 274 logements, onze millions d’euros
Poitiers, place de la Grand’Goule. Un ensemble de 274 logements sociaux livré en 1974, réhabilité entre 2020 et 2024 pour onze millions d’euros de travaux, maîtrise d’ouvrage Ekidom. La démarche a duré quatre ans. Ateliers captés au micro et à la caméra, transcrits, découpés en énoncés, codés, puis restitués aux participants. Les décisions ont été suivies par une matrice d’irréversibilité, qui indique à chaque instant ce qui peut encore bouger et ce qui est verrouillé.
Le classement des sujets par nombre de passages dans le corpus dit ce qu’aucune enquête de satisfaction ne dit.
- Jardins de rez-de-chaussée : 68 passages
- Balcons : 55
- Démolitions : 27
- Ascenseur : 17
Les deux sujets les plus discutés sont parmi les moins chers du programme. Les deux postes qui pèsent le plus lourd au budget arrivent derrière. La profondeur de la participation ne suit pas le prix, elle suit ce qui touche les gens au quotidien. Un bailleur qui l’ignore dépense son capital de discussion sur les mauvais arbitrages, et se retrouve à négocier au dernier moment ce qui aurait coûté trois fois moins cher à traiter en amont.
Le corpus a nourri une thèse de doctorat et deux publications à comité de lecture, dont un article dans Le travail humain avec Stéphane Safin. La méthode d’évaluation qui en est issue, l’indice de profondeur de participation, est disponible pour vos opérations.
Des dispositifs éprouvés, pas des réunions publiques
Balades commentées, ateliers sur maquette, entretiens à domicile, permanences : chaque dispositif produit une parole différente, et nous choisissons l’instrument selon ce que l’opération doit apprendre. En balade, les habitants formulent des solutions ; devant la maquette, des jugements. Savoir cela change la conduite d’une réhabilitation en site occupé.
- La balade commentée. Le parcours est choisi avec les habitants, pas pour eux. Le corps en mouvement fait surgir des observations que la salle ne produit jamais : un cheminement évité, une porte qui ne ferme plus, un usage détourné.
- L’atelier de maquette. Une photographie aérienne, des pièces déplaçables. Chaque déplacement est consigné comme une proposition. La maquette rend visible l’arbitrage : on ne peut pas élargir le jardin sans réduire le stationnement, et tout le monde le voit en même temps.
- L’entretien à domicile. Il atteint ceux qui ne viennent pas aux réunions, souvent les plus concernés par les travaux. Il produit une parole que le groupe censure.
- La permanence. Une présence tenue sur site, à heures dites, pendant toute la durée des études. Elle transforme la concertation en relation, et la relation en confiance de chantier.
- L’exposition de mémoire. Posée en façade au premier temps de la démarche, elle rend l’histoire du lieu discutable avant d’en discuter l’avenir. Personne ne débat d’un projet sur un terrain sans passé.
- La restitution publique. Le seul dispositif obligatoire à nos yeux. Sans elle, tout le reste est une captation.
Nos références en la matière : la concertation du plateau urbain de Trappes, les 197 logements de Corbeil-Essonnes, et les logements de Bezons. La méthode complète est décrite sur la page Codesign.
Trappes : la même méthode à l’échelle d’un centre-ville
L’enfouissement de la RN10 libère un sol que la voie rapide coupait en deux depuis cinquante ans. Quatre cents hectares de projet urbain, maîtrise d’ouvrage de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines. La question n’était pas de dessiner ce sol, mais de savoir avec qui.
- 48 heures de présence sur le terrain : permanence, entretiens, balades
- 4 balades commentées
- 7 ateliers de projet, des enfants aux commerçants
- 5 maquettes de travail, une par secteur
Chaque temps est documenté : verbatims, photographies, fiches acteurs, restitutions publiques. Le passage du logement social au projet urbain ne change pas la méthode, il change l’échelle du corpus et le nombre de publics à convoquer. Le détail est sur la fiche Plateau urbain de Trappes.
Le déroulé d’une mission, en quatre temps
- Rétrospection. Ce que le lieu a été, ce que les habitants en gardent, ce que les archives du bailleur en disent. On ne concerte pas sur une page blanche.
- Exploration. Les dispositifs de terrain, dimensionnés à l’opération. C’est le temps du corpus.
- Arbitrage. Le maître d’ouvrage tranche, en connaissance de ce qui a été dit, et en le disant. La matrice d’irréversibilité sert ici : elle nomme ce qui n’est plus négociable et pourquoi.
- Itération. Retour vers les habitants avec les décisions, y compris les refus. C’est ce temps qu’on supprime quand le calendrier se tend, et c’est celui dont l’absence ruine la démarche suivante.
Ce que nous remettons au maître d’ouvrage
Un dispositif dimensionné à l’opération, des supports conçus pour l’atelier, des comptes rendus qui distinguent l’adhésion, le refus et les conditions posées, un registre du devenir de chaque proposition, et une restitution finale qui dit ce qui a été retenu, ce qui ne l’a pas été, et pourquoi. C’est ce retour explicite qui évite la lassitude participative, et c’est lui qui rend la démarche crédible au deuxième projet.
- Le bilan de concertation exigé par l’article 44 quater, rédigé de façon opposable
- Le corpus des énoncés, codé et anonymisé
- La matrice d’irréversibilité des décisions
- Les supports d’atelier, réutilisables sur l’opération suivante
- Une mesure de la profondeur de participation atteinte, comparable d’une opération à l’autre
Questions fréquentes
La concertation est-elle obligatoire pour une réhabilitation de logements sociaux ?
Oui, dès lors que l’opération d’amélioration a une incidence sur les loyers ou les charges. L’article 44 quater de la loi du 23 décembre 1986 impose une réunion d’information préalable à la décision d’engager l’opération, puis une concertation avec les représentants des locataires ou le conseil de concertation locative, portant sur la consistance et le coût des travaux, la répercussion sur les loyers et les charges, et les modalités de réalisation. Le bailleur dresse ensuite un bilan de concertation. L’obligation vaut aussi pour les opérations de construction-démolition et pour la création de locaux collectifs résidentiels.
Comment concerter en site occupé, quand les locataires restent chez eux pendant les travaux ?
En déplaçant le centre de gravité vers le domicile et vers la permanence. Les réunions collectives ne suffisent pas : elles réunissent ceux qui peuvent venir. En site occupé, ce sont les contraintes individuelles qui font le chantier, coupures d’eau, échafaudage devant une fenêtre, garde d’enfants pendant l’intervention. Nous conduisons des entretiens à domicile et tenons une permanence sur site pendant toute la durée des études, puis pendant le chantier si le bailleur le souhaite. Le corpus qui en sort permet de phaser les travaux sur les contraintes réelles, pas sur les contraintes supposées.
Peut-on encore concerter quand la démolition est déjà décidée ?
Oui, à condition de le dire. Une concertation qui laisse croire que la décision est ouverte alors qu’elle est prise se retourne toujours contre son commanditaire. Il reste, une fois la démolition actée, un champ considérable : le calendrier, les modalités de relogement, le devenir du foncier libéré, la mémoire du lieu, la préfiguration de ce qui remplacera. Nommer d’emblée ce qui est verrouillé rend crédible ce qui ne l’est pas. C’est la fonction de la matrice d’irréversibilité.
Comment éviter que la concertation ne serve qu’à valider un projet déjà dessiné ?
En intervenant avant l’esquisse et en mesurant. Une démarche engagée après le dépôt du permis ne peut produire que de l’adhésion ou du conflit. Nous demandons à entrer en phase de programmation, et nous mesurons ensuite la part des énoncés habitants effectivement traduits en décisions de conception. Cet indicateur est vérifiable et il est peu flatteur quand la démarche est décorative. C’est précisément pour cela qu’il faut le produire.
Qui finance la concertation locative ?
Deux budgets distincts, souvent confondus. Le plan de concertation locative prévu par l’article 44 bis affecte au minimum deux euros par logement et par an aux actions des associations de locataires représentées : c’est un financement du dialogue permanent, pas d’une opération. La mission de concertation attachée à un projet de réhabilitation relève, elle, du budget de l’opération, au même titre qu’une étude technique. Une opération à onze millions d’euros de travaux supporte sans difficulté une démarche outillée ; l’arbitrage porte sur son ampleur, jamais sur son principe.
Quelle différence entre une assistance à maîtrise d’ouvrage et une maîtrise d’œuvre qui concerte ?
En assistance, nous conduisons la démarche pour le compte du maître d’ouvrage et remettons un matériau que l’équipe de conception, quelle qu’elle soit, devra traduire. En maîtrise d’œuvre, nous concertons et nous dessinons : la traduction ne se perd pas dans un transfert. La première formule protège l’indépendance du recueil, la seconde protège la fidélité de la mise en œuvre. Nous pratiquons les deux, et nous conseillons la première quand la maîtrise d’œuvre est déjà désignée.
Travailler ensemble
Nous intervenons en mission de concertation pour un bailleur ou une collectivité, en assistance à maîtrise d’ouvrage, ou en maîtrise d’œuvre intégrant la conception avec les habitants. Écrivez-nous à bonjour@manoarchitecture.com ou passez par la page Agence.