Architecture bois et logement collectif

Le bois change l’économie et le calendrier du logement collectif : préfabrication en atelier, chantiers plus courts et plus propres, performance thermique intégrée à la structure, empreinte carbone réduite. MANO, agence d’architecture inscrite à l’Ordre et installée à Aubervilliers, en a fait son matériau de prédilection, du logement individuel au collectif, en neuf comme en transformation.

Ce que le bois permet en collectif

La filière sèche réduit les nuisances de chantier, décisive en site occupé et en tissu dense. La légèreté ouvre la surélévation des immeubles existants, gisement principal de surfaces dans les communes déjà constituées. La préfabrication déplace la qualité vers l’atelier, où elle se contrôle mieux que sous la pluie. Ces avantages ne valent que tenus ensemble par la conception : trame structurelle, acoustique entre logements, protection au feu, dessin des façades. C’est le travail d’architecte que nous décrivons sur la page Construction.

Un chiffre suffit à situer l’enjeu de calendrier : un immeuble à ossature bois se monte hors d’eau en quelques semaines là où une structure coulée en place demande des mois de séchage et de reprise. Ce n’est pas une performance en soi. C’est du portage financier économisé, et des riverains ménagés.

La RE2020 a rendu le sujet obligatoire

Le bois a longtemps été une préférence d’architecte. Il est devenu une contrainte réglementaire chiffrée. La RE2020 plafonne l’impact carbone des composants et du chantier par l’indicateur Ic construction, et le plafond descend par paliers. Pour le logement collectif : 740 kg CO2 eq/m² en 2022, 650 depuis 2025, 490 à l’horizon 2031.

Sous 490, une structure entièrement minérale devient difficile à justifier sans compensations coûteuses. Le bois y répond deux fois : par une empreinte de production faible, et par le stockage du carbone biogénique que l’analyse de cycle de vie dynamique valorise. La question posée au maître d’ouvrage n’est plus de savoir s’il aime le bois, mais de savoir comment il tiendra le seuil de 2031 sur une opération lancée aujourd’hui.

La commande publique est visée séparément. L’article L228-4 du code de l’environnement impose qu’à partir du 1er janvier 2030, les matériaux biosourcés ou bas-carbone interviennent dans au moins vingt-cinq pour cent des rénovations lourdes et des constructions relevant de la commande publique.

Les trois questions qui décident d’un projet bois

Un projet bois se gagne ou se perd sur trois points, tous arbitrés en amont. Aucun ne se rattrape en phase d’exécution.

Le feu

L’arrêté du 31 janvier 1986 modifié classe les bâtiments d’habitation en familles. La deuxième famille couvre le collectif jusqu’à trois étages sur rez-de-chaussée ; la troisième s’arrête à vingt-huit mètres pour le plancher bas du logement le plus haut ; la quatrième va jusqu’à cinquante mètres, au-delà desquels s’applique le régime des immeubles de grande hauteur. Le texte ne fixe aucun plafond propre au bois. Il fixe des exigences de stabilité, de compartimentage et de non-propagation par les façades, que la construction bois satisfait par l’encapsulage, le dimensionnement au feu des sections et le traitement des jonctions. La contrainte est réelle, elle est documentée, elle n’est pas un obstacle de principe.

L’acoustique

C’est le vrai point dur. L’arrêté du 30 juin 1999 exige un isolement aux bruits aériens d’au moins 53 dB entre logements et un niveau de bruit de choc au plus égal à 58 dB. Une structure légère n’a pas la masse qui règle le problème toute seule : il faut la désolidarisation des planchers, une chape rapportée, des liaisons façade-refend traitées une par une. Cela se dessine au stade de l’avant-projet. Un projet bois qui traite l’acoustique en phase chantier a déjà échoué.

L’eau

Le bois ne craint pas la pluie, il craint l’humidité piégée. Le calendrier de montage, la mise hors d’eau rapide, la protection des éléments en attente et la ventilation des parois font la durabilité de l’ouvrage. Ce sont des décisions de conception et de planning, prises avant la consultation des entreprises.

La surélévation, gisement principal en tissu constitué

Dans les communes déjà construites, le foncier disponible est sur les toits. Une surélévation bois pèse trois à quatre fois moins qu’une surélévation en maçonnerie, ce qui décide de la faisabilité : on ne reprend pas les fondations, ou on les reprend peu. Le montage à sec permet de travailler au-dessus de logements occupés, avec des interruptions courtes et prévisibles. L’opération se joue sur trois vérifications préalables : la capacité résiduelle de la structure existante, ce que le plan local d’urbanisme autorise en hauteur et en gabarit, et l’accord de la copropriété ou du bailleur. Nous conduisons ces trois vérifications avant de dessiner quoi que ce soit.

Nos projets bois, en chiffres

Bois de ville, Bezons : quinze logements et une crèche

Avenue Édouard Vaillant, Val-d’Oise. Deux publics superposés sur une parcelle unique, une crèche et quinze logements, qui n’occupent pas les lieux aux mêmes heures. Côté jardin, la façade est traitée en gradins plantés : chaque niveau recule sur le précédent et libère une terrasse. Le bardage est en bois brûlé, sur la rue comme sur la cour. La combustion superficielle des lames remplace le traitement chimique et la peinture ; la couche carbonisée écarte les insectes et ralentit le vieillissement. La façade se patine, elle ne s’entretient pas. MANO mandataire, permis de construire porté en nom propre, 2023. Voir la fiche Bois de ville.

Les Pilotis, Noisy-le-Grand : 300 m², 0,6 M€ de travaux

Trois cents mètres carrés de logements en bois dans un tissu pavillonnaire de Seine-Saint-Denis, portés au-dessus du jardin par des pilotis. Le sol reste libre. Le rez-de-chaussée est réversible : cloisonnements temporaires, stationnement convertible, la maison peut changer d’usage sans changer de structure. Six cent mille euros de travaux, esquisse à permis de construire, 2022. Voir la fiche Les Pilotis.

Rue du Rateau, La Courneuve : cinq logements sur parcelle étroite

Deux cent quatre-vingt-sept mètres carrés de surface de plancher sur une parcelle étroite et profonde, prise entre deux pavillons. Cinq logements collectifs, permis obtenu. L’opération illustre ce que la filière sèche rend possible en densification douce : emprise de chantier minimale, livraisons fractionnées, voisinage préservé. Voir la fiche Rue du Rateau.

Le reste de notre production en logement collectif et intermédiaire est réuni sur la page Projets : la résidence Béranger à Colombes, en chantier, où MANO intervient en contractant général, et les 197 logements de Corbeil-Essonnes. Côté individuel, la page Maisons rassemble villas, extensions et surélévations, dont plusieurs constructions bois intégrales.

Concevoir avec les futurs habitants

Notre particularité tient en une phrase : nous concevons avec les habitants, pas seulement pour eux. La méthode vient d’une thèse de doctorat soutenue en 2024 sur la conception avec les usagers, et elle s’applique au collectif mieux qu’à tout autre programme : ce sont les usages ordinaires, l’entretien, les parties communes qui font la durabilité d’une opération. Le bois y ajoute un argument pratique : la préfabrication oblige à figer les arbitrages tôt, donc à consulter tôt. Le détail est sur les pages Codesign et Concertation et logement social.

Questions fréquentes

Un immeuble de logements en bois coûte-t-il plus cher qu’en béton ?

Le coût de structure est généralement supérieur de cinq à quinze pour cent selon le système constructif et la hauteur. Le bilan d’opération est un autre calcul : durée de chantier réduite, donc portage financier et frais de grue et d’installation diminués, emprise de chantier plus petite en tissu dense, et conformité à la trajectoire carbone de la RE2020 sans compensation technique coûteuse. Un maître d’ouvrage qui compare la seule ligne structure compare la mauvaise ligne. Le surcoût se resserre quand la conception est pensée bois dès l’esquisse, et il s’aggrave quand un projet dessiné en béton est converti en cours d’études.

Combien d’étages peut-on construire en bois en France ?

Aucun texte ne fixe de plafond de hauteur propre au bois. Ce sont les familles de l’arrêté du 31 janvier 1986 qui commandent : deuxième famille jusqu’à trois étages sur rez-de-chaussée, troisième famille jusqu’à vingt-huit mètres pour le plancher bas du logement le plus haut, quatrième famille jusqu’à cinquante mètres, régime des immeubles de grande hauteur au-delà. Les exigences croissent avec la famille, et le coût avec elles. En pratique, l’équilibre économique du bois est le meilleur en deuxième et troisième famille, soit la très grande majorité du logement collectif français.

Le bois tient-il au feu dans un immeuble de logements ?

Oui, et de façon prévisible. Une section bois brûle à vitesse connue et conserve sa capacité portante dans la partie non consumée, ce qui permet un dimensionnement au feu par le calcul. Les exigences portent sur la stabilité de la structure, le compartimentage entre logements et la non-propagation par les façades ; elles se satisfont par l’encapsulage des éléments, le surdimensionnement des sections et le traitement des jonctions. Le sujet n’est pas la combustibilité du matériau, il est le soin apporté aux détails.

Entend-on ses voisins dans un immeuble en bois ?

Pas plus qu’ailleurs si le projet est correctement conçu, davantage s’il ne l’est pas. La réglementation est la même pour tous les modes constructifs : isolement aux bruits aériens d’au moins 53 dB entre logements, bruit de choc au plus égal à 58 dB. Une structure légère atteint ces valeurs par la désolidarisation des planchers, une chape rapportée et le traitement des liaisons entre façade et refends. Ces dispositions se décident à l’avant-projet. Elles ne se rattrapent pas ensuite.

Peut-on surélever un immeuble existant en bois ?

C’est l’usage où le bois est le plus difficile à concurrencer. Une surélévation à ossature bois pèse trois à quatre fois moins qu’une surélévation maçonnée, ce qui évite ou limite la reprise des fondations. Le montage à sec permet de travailler au-dessus de logements occupés. Trois vérifications précèdent le dessin : la capacité résiduelle de la structure existante, ce que le plan local d’urbanisme autorise en hauteur et en gabarit, et l’accord de la copropriété ou du bailleur.

Le bois vieillit-il mal en façade ?

Le bois extérieur grise. Ce n’est pas une dégradation, c’est une patine, et elle est irrégulière si la conception ne l’anticipe pas. Trois voies : accepter le grisaillement et le rendre homogène par le dessin des débords et des égouttements ; pré-griser en atelier ; ou traiter la surface, comme le bardage en bois brûlé de notre opération de Bezons, où la couche carbonisée écarte les insectes et ralentit le vieillissement sans traitement chimique ni peinture. Dans les trois cas, la durabilité tient au détail constructif, pas au produit.

Pour les maîtres d’ouvrage

Nous répondons en maîtrise d’œuvre, seuls ou en groupement, sur le neuf, la réhabilitation et la surélévation, en Île-de-France et au-delà. Bailleurs, promoteurs, collectivités, particuliers : écrivez-nous à bonjour@manoarchitecture.com ou passez par la page Agence pour recevoir nos références.